
Législatives - Venez Nombreux Voter
1er Tour 10 Juin - 2ème Tour 17 Juin 2007
« Travailler plus pour gagner plus », une terrible régression ou une escroquerie ?
« Je veux être le Président du pouvoir d’achat », « Je veux être le président de la valeur du travail » telles sont les deux premières propositions du projet de Nicolas Sarkozy.
Comment ? Très simple : en travaillant plus par des heures supplémentaires que les plus courageux feront, « ceux qui se lèvent tôt et ceux qui travaillent tard » pour qu’ils soient « mieux récompensés que ceux qui vivent de l’assistanat »
Bravo, magnifique mais faut-il rappeler à Nicolas Sarkozy qui fut ministre du budget avant d’être celui de l’intérieur que
1/ ce n’est pas le salarié qui décide des heures supplémentaires mais le chef d’entreprise en fonction de la situation de son entreprise
2/ ça ne bénéficiera qu’à ceux qui ont déjà un travail
3/ les quatre millions de chômeurs et les travailleurs à temps partiel subi devront attendre des jours meilleurs…
Quant aux phrases accompagant ces proposition stigmatisant « ceux qui vivent de l’assistanat » les millions de chômeurs qui, chaque matin, envoient des demandes d’embauche ou attendent des réponses qui, la plupart du temps, sont négatives et les travailleurs en temps partiel subi, apprécieront… Gageons qu’ils seraient même prêts à être embauchés pour 35 heures.
Il serait temps que cet homme politique qui se proclame « nouveau », qui fait des discours sur le respect et la prise en compte de la souffrance de « tous ces braves gens », qui se réclame de Jaurès, arrête de partir d’une minorité qui profite du système des indemnisations pour en tirer des généralités sur une France qui serait un pays de paresseux, afin de mieux servir, en fin de compte, ceux qui profitent depuis les 5 années qu’il est au gouvernement, de toutes les baisses d’impôt et autres augmentations clientélistes qui n’ont fait qu’alourdir la dette du pays.
Finalement ce « travailler plus pour gagner plus » qui revient comme un refrain, qui apparaît frappé du plus élémentaire bon sens, cache un formidable retour en arrière. Jusqu’à présent tout l’objectif du capitalisme était de travailler moins pour gagner plus. Selon les économistes patentés , au milieu du 19ème siècle, dans les pays industrialisés, la moyenne annuelle du travail était de 2500 heures, aujourd’hui elle est de 1546 heures grâce à la hausse de la productivité et la division du travail.
Est-ce un retour de 250 ans en arrière que nous propose Nicolas Sarkozy et pourquoi, pour qui ? Car la productivité en France augmente, elle a même augmenté de manière significative grâce aux 35 heures. Selon le service de la recherche, des études et des statistiques du ministère de l’emplois, les 35 heures ont conduit à des gains de productivité élévés qui ont permis de payer des embauches supplémentaires : 350 000 chômeurs ont pu trouver un emploi durable,chaque heure de travail en France a permis de produire 19% de plus que dans la moyenne de l’Union européenne à quinze.
« Ya donc un problème quèque part » aurait pu dire Coluche
Non, ce n’est pas en travaillant plus qu’on gagne plus. Non ce n’est pas en supprimant purement et simplement les 35 heures que Nicolas Sarkozy accuse de tous les maux dont souffre la France et en particulier du « gel des salaires et de la désorganisation du service public » qu’on relancera le pouvoir d’achat et l’embauche. Il est vrai qu’il est plus facile de rechercher un bouc émissaire commode qui empêche de voir la réalité en face.
Ségolène Royal, les socialistes, les radicaux de gauche et le mouvenement républicain et citoyen de J.P. Chevènement l’ont très bien compris :
S’il est nécessaire de retravailler sur les 35 heures avec les partenaires sociaux, il est suicidaire de les supprimer. Car le seul problème qu’il est urgent de résoudre est la répartition des gains de productivité : actuellement ils ne vont pas en hausse des salaires, ni en baisse des prix mais en hausse des profits dont une partie insuffisante va vers l’investissement, le reste allant aux actionnaires.
C’est pourquoi Ségolène Royal a raison de s’engager à faire en sorte que les gains de productivité réalisés par les entreprises profitent de manière plus équitable à la fois aux salariés par l’augmentation de la rémunération horaire du travail et à l’investissement qui permettront de relancer le pouvoir d’achat et l’embauche.
Ségolène Royal est aux antipodes des propositions de Nicolas Sarkozy, privilégiant ceux qui ont déjà un travail à temps complet qui, de toute façon, ne gagneront pas plus en travaillant plus. Elle s’engage, par un pacte républicain, à œuvrer pour qu’un maximum de nos concitoyens aient un travail qui leur permette de vivre décemment.
Oui, décidément, terrible régression et miroir aux alouettes que ce refrain « travailler plus pour gagner plus ».
Mais après tout, on peut adorer la régression et les illusions…